La main de l´auteur et l´esprit de l´imprimeur

La main de l´auteur et l´esprit de l´imprimeur
7,80 €
Sense existències ara
Rep-lo a casa en una setmana per Missatger o Eco Enviament*
Tout comme l´histoire, la littérature est attachée à la résurrection des morts. Souffle inspiré de l´épopée, minutie narrative et descriptive du roman historique, ou bien réincarnation des acteurs de l´histoire sur la scène du théâtre – certaines œuvres de fiction donnent au passé une présence souvent plus forte que celle proposée par les livres des historiens.
Mais Roger Chartier nous met en garde : lorsqu´il les lit, l´historien ne doit jamais oublier l´historicité de ces œuvres et leur mode de circulation. Si le XVIIIe siècle fonde la littérature sur l´individualisation de l´écriture, l´originalité des œuvres et le sacre de l´écrivain, il n´en allait pas du tout de même auparavant : fréquence de l´écriture en collaboration, réemploi d´histoires déjà racontées, lieux communs partagés, formules répétées, ou encore, continuelles révisions et continuations de textes jamais clos.
C´est dans ce paradigme de l´écriture de fiction que Shakespeare a composé ses pièces et que Cervantès a écrit Don Quichotte, à une époque de faible reconnaissance de l´écrivain comme tel : ses manuscrits ne méritaient pas conservation, ses œuvres n´étaient pas sa propriété et ses livres, dans leur matérialité (ponctuation, divisions internes, paragraphes, etc. qui en fixaient le sens), étaient d´abord l´œuvre des correcteurs, des typographes et de l´imprimeur. Lecteur des textes littéraires, l´historien se doit plus que jamais de savoir faire la part entre la main de l´auteur et l´esprit de l´imprimeur.