Sortir du noir

Sortir du noir
Contre toute attente, Le Fils de Saul, ce mélange de fiction documentée et de conte parabolique, qui appelle pour le moins la discussion, recueille l´assentiment inconditionnel de deux antagonistes. Claude Lanzmann déclare dans Télérama du 24 mai : "Il est jeune, intelligent, beau, et il a fait un film dont je ne dirai jamais aucun mal", pour cette raison que "Le Fils de Saul est l´anti-Liste de Schindler. Il ne montre pas la mort, mais la vie de ceux qui ont été obligés de conduire les leurs à la mort." Georges Didi-Huberman signe, quant à lui, un opuscule dédié au film (Sortir du noir, Ed. de Minuit, 64 p., 6 €), qui est à la fois un adoubement intellectuel du réalisateur et une critique soutenant brillamment l´idée que même les morts de la Shoah demandent à peupler notre imaginaire.
Sortir du noir, c´est donc reconnaître une généalogie, fût-elle imaginaire, avec ceux qu´il a engloutis. Voilà bien l´idée qui semble réunir aujourd´hui des pensées qu´on aurait cru irréconciliables. Parce que le génocide dans sa spécificité enfin établie entre dans l´Histoire au titre de matrice de l´humaine barbarie, parce que l´imagination des hommes qui n´ont rien connu de ce drame exige de s´en emparer.